• Béchir Issa Hamidi •

Béchir Issa Hamidi est venu au lycée Montaigne et c’est au sein même du CDI qu’il a présenté son ouvrage aux élèves.


Les élèves du lycée et Béchir Hamidi au CDI

Le lundi 29 janvier 2018, le groupe des élèves de « littérature et société », dans le cadre de l’enseignement d’exploration, ainsi que les 1e Littéraire, ont eu l’occasion d’assister à une interview de l’auteur Béchir Issa Hamidi.

Ce dernier, né en 1978 à Moussoro, un village au Nord-Ouest du Tchad.
En cours de littérature et société, nous avons donc eu l’opportunité de lire son premier livre : Les larmes du combattant , dont l’écriture a été commencée en 2004 et fini par être publié en 2014. Actuellement, Mr. Hamidi occupe le poste d’assistant auprès de la commission de l’ODD (Objectif du Développement Durable).

À travers les larmes du combattant, Béchir Issa Hamidi présente aussi bien des valeurs culturelles que les méfaits de la guerre, en abordant des thèmes comme le mariage ou l’amitié, la bravoure…
L’histoire se déroule au Nord du Tchad, dans la communauté nomade dazagara. Le livre retrace l’histoire de Kalli - dont le prénom signifie « bravoure » - un jeune homme courageux ayant vécu une enfance paisible. En grandissant, il développe de forts sentiments pour sa cousine Dakiré (aimée en dazagara) et se retrouve ainsi face à un dilemme : la tradition gorane s’oppose formellement à cette union entre cousins, certes éloignés, provoquant chez lui déception et désolation.
Après le mariage de sa bien-aimée cousine, Kalli part avec son ami Molly en quête d’aventures. À leur retour, le père de Molly est enlevé par les forces armées nationales. Kalli est alors obligé de rentrer dans la rébellion, motivé par la vengeance, mais aussi par la curiosité.
S’ensuit une série d’événements typiques de la rébellion.
Le livre reflète une réalité teintée de violence, mais aussi de joie, une réalité tchadienne. Béchir Issa Hamidi s’est inspiré de personnes rencontrées tout au long de sa vie (ses oncles, récits de combattants, de prisonniers…). La rébellion ayant largement influencé son enfance.
À travers le livre, Mr. Hamidi souhaitait transmettre plusieurs messages ; celui du rejet du conflit et de la violence. En s’inspirant de la période correspondant à la première révolution (1966), il voulait aussi décrire la guerre, la mauvaise gestion, de façon à ce que le lecteur en perçoive les nuisances. Pour lui, l’important reste de mettre en valeur le destin commun des tchadiens, peu importe les cultures ; ce qui est très important.
L’autre sujet central abordé est l’amitié, qu’il considère comme devant être éternelle, pouvant survivre à toutes les épreuves de la vie.
Ce livre est très enrichissant. Il n’attire pas forcément à première vue. Mais après la lecture, on découvre un autre monde, composé d’us et coutumes différents et divers, que l’on ne connait pas forcément. Ce livre touchant nous apporte aussi beaucoup de connaissances sur les pratiques culturelles des nomades, notamment celles des dazagaras, portant un message d’espoir et de paix.

Elèves de 2°A.
Djimtoïngar Rebecca,
Djikoloum Elsa,
Haykal Zakaria Khazala,
Didio Anne-Lys,
Diop Léa


Article des élèves de 2nd :
Interview de Béchir Issa Hamidi, sur son œuvre Les larmes du combattant, au Lycée Français Montaigne le 29 janvier 2018, au CDI.

Tout d’abord qui est Béchir Issa Hamidi ?
Né en 1978 à Moussoro au Tchad, Béchir est journaliste qui fut rédacteur en chef du quotidien tchadien "Le Progrès". Aujourd’hui il occupe le poste d’assistant à l’ODD ( Objectif du Développement Durable ).
Parallèlement à son travail, il commence à écrire en 2004 son livre intitulé "Les larmes du combattant" qui sera finalement publié en 2014 en France.
Nous l’avons interrogé sur les motivations et les idées qui l’ont poussé à écrire.
Q1 : Votre livre relève t-il de la fiction ou du réel ?
R : L’histoire en temps que telle a totalement été inventée. Cependant je me suis inspiré en grande partie de faits ancrés dans l’histoire tchadienne.
Q2 : Les personnages évoqués ont-ils réellement existé ?
R : Non. Néanmoins j’ai regroupé en eux les traits de caractère de mes oncles. Par exemple le personnage Kalli est fictif mais son prénom signifie la bravoure en Dazaga.
Q3 : Quels messages avez-vous voulu transmettre ?
R : Tout d’abord, j’ai voulu transmettre aux jeunes générations les méfaits de la guerre mais aussi les relations d’amitié qui pouvaient exister entre des personnes de cultures différentes. J’ai surtout voulu mettre en avant les valeurs et les pratiques de la communauté Dazaga (ou gorane ).
Q4 : De quelle époque vous-êtes vous inspiré ?
R : Dans cette histoire, je me suis inspiré des années 60-70. Plus précisément de la première rébellion de 1966.

Q5 : Etes-vous parti en immersion pendant, ou avant l’écriture de votre livre dans cette communauté de sorte à approfondir vos connaissances ?
R : En tant que journaliste, j’ai été confronté aux séquelles des guerres et ai rencontré des blessés de guerre dans le Nord. Par ailleurs, je suis moi-même de culture Dazaga. J’ai connu la vie nomade et je m’y suis rattaché car je me sentais dans mon "milieu naturel".
Pour répondre à la question, en effet, mon travail m’a permis de remarquer certains aspects de la vie nomade. Mais, la plupart de mes connaissances m’ont été transmises "naturellement", c’est-à-dire suite à partir de ma famille et du contexte familial duquel je viens.

Conclusion :
Nous avons trouvé ce livre passionnant. L’auteur nous a aussi appris plus sur le choix du titre ( Les larmes du combattant . Ils nous a dit que ce choix a été complexe mais repose essentiellement sur trois aspects : le fratricide, le mariage impossible (surtout entre cousins, selon la tradition « gorane »), et une amitié déchirée par la guerre.

Rédacteurs : 2°A
Doudou Hissein
Annour Hamid
Ali Kore Chahaye
Abderaman Hassan
Abakar Babikir

Un aperçu de l’ouvrage Les larmes du combattant de Béchir Issa Hamidi par Hervé Madjirébaye

A travers Les larmes du combattant, Béchir Issa Hamidi présente aussi bien les valeurs culturelles que les absurdités de la vie des peuples nomades vivant dans la partie nord du Tchad, en l’occurrence les Dazagara, à l’époque où la rébellion proliférait dans le pays.
L’essentiel du récit tourne autour d’un combattant dénommé Kalli, le narrateur de l’histoire de la rébellion sur laquelle s’étend la majeure partie du récit.
Dans le premier chapitre où l’auteur fait une sorte d’introduction dudit récit, le peuple Dazagara, à travers la famille de Kalli, est présenté sous l’aspect de vie ordinaire des nomades cultivant l’amour et la paix aussi bien en leur sein qu’avec les tribus sœurs. Une paix qu’ils doivent à leur capacité de maîtrise d’une nature particulièrement hostile dans cette partie du pays, en y préservant la vie de leurs membres ainsi que celle de leurs bétails, par le travail, la sobriété et la discipline. S’agissant notamment de la discipline, il y a ceci de particulier chez les Dazagara qu’à travers l’histoire d’amour de Kalli avec sa "cousine interdite" par exemple, elle a l’air de contribuer à faire plus de mal que de bien aux membres de la tribu ; mais, toujours est-il qu’elle est de mise.
Sur le restant des chapitres par contre, on sort complètement de l’ordinaire, car il n’y a que des séries d’évènements typiques de la rébellion. Assauts, retranchements, embuscades, patrouilles aériennes, bombardement, morts d’hommes, blessures graves, divisions idéologiques, faim, soif, etc. C’est ainsi que, dans les grottes où la chef Wori et sa suite ont été obligés de regagner le rang des rebelles – afin, non seulement de mettre fin à l’injustice perpétrée par le régime en place contre les peuples du Nord à cette époque, mais de voir également leur condition de vie s’améliorer dans sa globalité, si jamais ils réussissaient à renverser ce régime par la force des armes –, la lutte sera rude et longue, les défis à relever nombreux. Toutefois, la détermination et l’expérience de nomades habitués aux hostilités du désert aidant, Kalli – qui avait été obligé d’entrer en rébellion avec ses cousins alors qu’il était en visite chez son oncle le chef Wori au moment où celui-ci était accusé de complicité avec les rebelles – ne retournera dans son campement qu’après une quinzaine d’années.
Le retour de Kalli parmi les siens ne durera que très peu de temps, car, après avoir intégré l’armée nationale suite aux accords de cessez-le-feu signés entre le régime en place et la partie du groupe rebelle à laquelle il appartenait, il s’était davantage éloigné de la liberté de mobilité à laquelle sont habitués les nomades. Dépendant désormais d’un chef hiérarchique, il ne peut effectuer un quelconque déplacement que si celui-ci le lui autorise et ce pour un délai bien limité. Ainsi fut-il dans l’obligation de regagner précipitamment la capitale alors que la situation commençait à s’y dégénérer.
Montrant à quel point la rébellion est absurde, le récit prend fin sur une résurgence des hostilités opposant paradoxalement les forces gouvernementales associées à l’autre groupe de rebelles n’ayant pas signé l’accord de cessez-le-feu au groupe de ceux qui l’avaient signé. A l’issue de ces affrontements, Kalli perd son seul et meilleur ami Assilek, combattant à sa grande surprise dans le camp adverse.